[Critique] Antiviral (spoilers)

Affiche Antiviral

« Un film d’anticipation crédible et glaçant »

Résumé Allociné : La communion des fans avec leurs idoles ne connait plus de limites.
Syd March est employé d’une clinique spécialisée dans la vente et l’injection de virus ayant infecté des célébrités. Mais il vend aussi ces échantillons, pour son propre compte, à de puissantes organisations criminelles. Sa méthode pour déjouer les contrôles de la clinique : s’injecter les virus à lui-même…
Mais ce procédé va s’avérer doublement dangereux : porteur du germe mortel ayant contaminé la star Hannah Geist, Syd devient une cible pour les collectionneurs…

Critique :

Brandon Cronenberg, fils de David, signe un premier film réussi, basé sur un sujet original et un univers très riche. Difficile cependant pour le réalisateur de se démarquer totalement de l’influence de son père. Ainsi, la scène dans laquelle Syd se métamorphose pour ne faire qu’un avec une machine rappelle la transformation de Jeff Goldblum dans La Mouche (1987). Antiviral fait aussi référence à Soleil vert (Richard Fleischer, 1974), un classique du cinéma d’anticipation. Dans le film, toutes les réserves naturelles sont épuisées et la population survit grâce au soleil vert, un aliment constitué à partir des corps des défunts. Cette notion de cannibalisme apparait chez Cronenberg puisque les cellules des célébrités, vivantes ou mortes, sont recréées et utilisées pour fabriquer des steaks.

Antiviral

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Mais Antiviral ne repose pas uniquement sur des clins d’oeil. Le film développe plusieurs idées intéressantes. Ainsi, le fait de donner un visage unique aux virus, seul moyen de les protéger contre toute copie, permet d’humaniser un trafic considéré par certains comme immoral. Le film revisite également la figure du vampire. Par l’influence qu’elles ont sur la population et leur omniprésence dans les médias, les stars peuvent être accusées de vampiriser les fans au point d’influencer leur comportement. A la fin du film, le phénomène s’inverse. Syd vampirise Hannah Geist au sens propre en buvant son sang et prend le dessus sur elle. Un autre thème abordé mais peu exploité est celui de la téléréalité. Après avoir récupéré Syd, les techniciens du laboratoire concurrent veulent filmer sa déchéance pour que les fans d’Hannah puissent voir comment elle a vécu ses derniers instants.
Dans le rôle de cet employé pas si modèle, Caleb Landry Jones est l’atout majeur du film. Le comédien livre une prestation intense et terrifiante même si son jeu, un peu répétitif, peut agacer. Son corps, vouté et raidi par la douleur, semble supporter tout le poids du film et son évolution, accentuée par quelques fulgurances gores, distille un malaise grandissant chez le spectateur.

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Une réflexion sur notre rapport à la célébrité

La dégradation physique de Syd fait écho à la déchéance morale de la société entière. Une société psychologiquement malade qui le devient volontairement physiquement par amour pour les stars. Brandon Cronenberg maltraite et torture le corps, devenu un produit de consommation et l’objet d’un véritable marketing. Il suffit de voir la manière dont les virus sont présentés aux fans, dans des boitiers semblables à des écrins à bijoux. Ceux-ci veulent consommer leurs idoles pour se rapprocher d’elles autant que possible, que ce soit en mangeant les fameux steaks ou en buvant leur sang. Certaines célébrités vont même jusqu’à vendre elles-mêmes les virus dont elles sont porteuses, une pratique qui interroge la frontière entre science et éthique. Cette marchandisation du corps est en contradiction totale avec le principe de l’indisponibilité du corps humain garanti en droit par la bioéthique et selon lequel on ne peut pas vendre des produits de son corps. On peut imaginer que les virus soient un de ces produits.

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Antiviral apparait ainsi comme un miroir des failles et dérives de notre propre société. L’attraction de certains individus vis-à-vis de stars (ou à un autre niveau, de tueurs en série) est telle qu’ils collectionnent leurs reliques. Au point que le virus le plus dangereux n’est peut-être pas celui d’une maladie, mais bien cette fascination exercée par les stars.
Antiviral est un film d’anticipation effrayant car son scénario est plausible. Avec les progrès de la science et de la technologie, on peut imaginer qu’un tel commerce soit possible dans quelques années. Reste à savoir si la société sera capable d’aller aussi loin…

Antiviral, de Brandon Cronenberg, avec Caleb Landry Jones, Malcolm McDowell, Sarah Gadon … Canadien, 1h44. Interdit aux moins de 12 ans.

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Note à Béné

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