[Critique] American Nightmare

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 « Le terrifiant portrait d’une société qui rejette tout tabou »

 

Critique :

Dans ce thriller d’anticipation – le film se déroule en 2022 – l’idée de départ est à la fois géniale et terrifiante : une fois par an, pendant 12 heures, le crime est légal. Chacun peut alors se faire justice lui-même sans craindre de représailles, les services de police et de secours étant suspendus pendant cette période. Cette purge annuelle – rien que le mot est effrayant tant il est historiquement connoté – est censée canaliser l’agressivité de la population et faire baisser le taux de criminalité. Le crime est érigé en exutoire et pendant ce laps de temps, tout le monde peut se laisser aller à ses plus bas instincts. Jalousie entre voisins, haine contre son patron, élimination d’un père un peu trop sévère…  chacun peut se libérer de toutes ces petites rancœurs de la vie quotidienne.

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Si American Nightmare n’est pas un film d’horreur au sens propre, il est effrayant par son propos : l’espèce humaine serait mauvaise par nature, chacun de nous pouvant être un criminel en puissance, un animal qui se met en chasse. Plus aucun tabou, aucune retenue, aucune morale : les fondements mêmes  de la société humaine s’effondrent. On suit la purge à la télévision comme on regarderait une émission de téléréalité macabre. L’idée soulève énormément de problèmes juridiques, moraux et sociétaux passionnants – mais peut-être malgré tout pas assez exploités.

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Le film – plus justement nommé en version originale The Purge – n’aurait sans doute jamais pu être réalisé en France tant il repose sur une mentalité typiquement américaine régie par l’omniprésence des armes et la recherche  de la sécurisation à outrance. A la manière du Otage de Florent Emilio Siri, American Nightmare s’inscrit dans la lignée des films dits de « home invasion », reposant sur la peur primitive d’une intrusion chez soi, dans son intimité. Une manière de mettre en lumière le paradoxe d’une société obsédée par la protection alors qu’elle autorise et justifie la libre circulation des armes à feu, menace par excellence.

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James DeMonaco parvient à restituer cette atmosphère de danger permanent, glaçante et étouffante. Après le retentissement de la sirène annonçant le début de la purge, la menace est omniprésente et ne laisse aucun moment de répit. On ne sait pas qui peut attaquer, quand ou pourquoi. Cette vulnérabilité sert un suspense qui ne faiblit jamais et autorise quelques vrais moments de tension. Il s’agit simplement de survivre, quitte à s’arranger avec sa conscience et à basculer dans le camp des bourreaux. Comme facteur de ce climat anxiogène, on retiendra la prestation de Rhys Wakefield, le chef du gang masqué et la révélation du film. L’acteur joue l’ambiguïté à la perfection avec un mélange de séduction, de sourire carnassier et de démence façon Joker à la Heath Ledger. Les fans de Game of Thrones auront également reconnu Lena Headey, dans un rôle à mille lieues de son personnage dans la série.

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American Nightmare est finalement assez perturbant en ce sens qu’il ne laisse pas indifférent. Tout le monde se posera forcément la question : qu’aurais-je fait en cas de purge ? En aurais-je profité ou non ? Un regret cependant : celui de ne pas voir le retour à la vie quotidienne une fois la purge terminée, quand les voisins qui viennent de s’entretuer recommencent à s’offrir des cookies comme si rien ne s’était passé.  Car c’est là la grande force du film. Celui-ci ne met pas en scène une histoire d’êtres surnaturels, d’esprits malins ou de démons vengeurs mais juste des être humains qui ont librement choisi d’agir ainsi. Et c’est bien plus effrayant…

American Nightmare, de James DeMonaco, avec Ethan Hawke, Lena Headey, Rhys Wakefield… 1h26, thriller. Américain. Interdit aux moins de 12 ans.

Résumé Allociné : Dans une Amérique rongée par une criminalité débridée et des prisons surpeuplées, le gouvernement a donné son accord pour qu’une fois par an, pendant 12 heures, toutes activités criminelles, meurtres inclus, soient légalisées. La police ne peut intervenir. Les hôpitaux suspendent leurs services. Une nuit durant, les citoyens sont à même de définir leurs propres règles et de faire leur propre loi, sans avoir à craindre de sanctions. Au cours d’une telle nuit hantée par la violence et le crime, une famille va devoir faire un choix – bourreau ou victime ? – face à un inconnu venu frapper à sa porte.

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5 commentaires

  1. Kev44600 · · Réponse

    Si si, j’affirme ce film est une purge !
    Bonne critique, tu défends bien ton avis, mais je suis pas d’accord quand tu dis :  » On suit la purge à la télévision comme on regarderait une émission de téléréalité macabre ». C’est faux, car c’est ça qu’on aurait aimé voir. A part dans le générique où on voit ça, nous on est enfermé dans une maison où il se passe rien ou presque rien…

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    1. C’est vrai que le fait que le film se limite à l’histoire de cette famille peut être frustant mais le contexte est tellement effrayant que ça a compensé cette faiblesse pour moi.

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  2. Il est pas mal, mais je m’attendais à mieux. Le fait que le film se passe uniquement dans la maison d’une famille restreint beaucoup d’idée. Et puis certaines scènes sont incompréhensibles. Quoi qu’il en soit, le final est un bijou, je m’attendais pas à cela. Je n’ai pas encore vu le second, mais j’espère qu’il est à la hauteur du premier.

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    1. Ah bah dans ce cas, le second devrait te satisfaire un peu plus puisque la purge se passe à l’échelle de la ville, même si du coup j’ai trouvé que l’avancée de l’intrigue était un peu trop linéaire en mode « j’élimine un obstacle, j’avance… », comme dans un jeu vidéo. Le film va aussi plus loin sur certains thèmes comme les inégalités sociales avec les riches qui « chassent » tranquillement les pauvres en restant bien au chaud chez eux. Mais tout pourrait allez encore bien plus loin. Beaucoup aimé aussi mais quand même une petite frustration.

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      1. Je prend note de ton avis, merci beaucoup. Je posterai le mien sur un article dès son visionnage 🙂

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