[Critique] The Bling Ring

Affiche The Bling Ring

 « Un bijou en toc griffé Sofia Coppola »

 

Critique :

C’est un article publié en 2010 dans Vanity Fair qui a soufflé à Sofia Coppola l’idée de ce film. Intitulé « Les suspects portaient des Louboutins », il retraçait l’histoire – vraie – de gamins désœuvrés ayant cambriolé des maisons de stars à Los Angeles entre 2008 et 2009. Mais loin d’en tirer une réflexion sur la célébrité et la fascination qu’elle exerce sur le public, la réalisatrice n’en a gardé que l’aspect papier glacé pour livrer une parabole sur une jeunesse fainéante, anesthésiée par la société de consommation.

En filmant avec complaisance des personnages creux, sans jamais avoir la distance suffisante pour dénoncer leurs actes, elle signe un film consternant de vacuité. De manière assez ironique, The Bling Ring a été présenté au dernier Festival de Cannes en ouverture de la section Un Certain Regard. Sofia Coppola paraît pourtant n’en avoir aucun. Pire, la réalisatrice semble presque complice de ses protagonistes et cautionner leur comportement.

The Bling Ring 1

Dans cette apologie du matérialisme, tout dérange jusqu’à devenir franchement horripilant. L’étalage de produits de luxe jusqu’à l’écœurement finit par provoquer un certain malaise. Parce que la réalisatrice dépeint un monde dans lequel au lieu de travailler pour se payer ce que l’on souhaite, il suffit d’aller se servir dans le dressing de ses prestigieux voisins. Parce que la plongée dans cette jeunesse dorée fascinée par la richesse et les people reste superficielle et désespérément creuse à tel point que l’ensemble ressemble à un clip publicitaire démesuré pour l’industrie du luxe, entre sacs Vuitton et lunettes Gucci. Rien de plus excluant…

Las, tout ce qui brille n’est pas d’or et Sofia Coppola n’est pas alchimiste. Loin du bijou annoncé dans le titre, elle signe un film en toc et sans éclat faisant l’apologie du rien. La mise en scène, répétitive et mécanique avec sa succession de scènes de cambriolage, finit par installer un profond ennui. Son aspect bling-bling et racoleur fait tout pour rendre l’attitude de ces jeunes « cool » mais n’est que de la poudre aux yeux destinée à masquer le vide du scénario – et de l’existence de ses personnages.

The Bling Ring 2

Il y avait pourtant matière à étudier  des paradoxes intéressants : ainsi le cambriolage de la maison de Paris Hilton – prêtée pour le tournage du film – fait presque office de petite vengeance pour le public. L’indécence du lieu et de cet étalage de richesse n’a d’égal que le plaisir de la voir se faire dépouiller. De même, l’étude du rôle d’Internet, des réseaux sociaux et de leurs effets pervers aurait été justifiée, à une époque où l’omniprésence médiatique des stars renseigne le commun des mortels sur leurs allées et venues. Ces dernières sont ainsi piégées par leur propre mégalomanie mais là encore, Sofia Coppola passe à côté de son sujet.

Lors de sa sortie, The Bling Ring a, à tort, été comparé à Spring Breakers, autre film sur la jeunesse en manque de repères sorti plus tôt cette année. Pourtant, les deux longs-métrages ne jouent pas sur le même registre. Là où Harmony Korine insistait sur le malaise de ses héroïnes et leur volonté de flirter avec leurs limites pour mieux se trouver, les personnages de Sofia Coppola ne sont que de jeunes oisifs dont le seul objectif est de devenir célèbres. Ils n’existent qu’à travers ce qu’ils possèdent et la perception que les autres ont d’eux. Difficile donc de se rattacher aux héros pour sauver quoi que ce soit dans le film : ce sont tous des têtes à claques inconscients de la gravité de leurs actes.

Le dénouement laissait toutefois penser qu’une remise en question était possible. Peine perdue : loin d’être choqués par leur incarcération, les personnages retiennent seulement qu’ils seront dans la cellule voisine de celle de Lindsay Lohan. Ils pourront ainsi être au plus près de leur idole pendant quelques jours. The Bling Ring se termine donc sans aucune perspective d’avenir, ni la moindre échappatoire… Désespérant…

Résumé Allociné : À Los Angeles, un groupe d’adolescents fascinés par le people et l’univers des marques traque via Internet l’agenda des célébrités pour cambrioler leurs résidences. Ils subtiliseront pour plus de 3 millions de dollars d’objets de luxe : bijoux, vêtements, chaussures, etc. Parmi leurs victimes, on trouve Paris Hilton, Orlando Bloom et Rachel Bilson. Les médias ont surnommé ce gang, le « Bling Ring ».

The Bling Ring, de Sofia Coppola avec Emma Watson, Katie Chang, Israel Broussard, Leslie Mann… Drame, Américain, 1h30.

A choisir, je préfère encore ce bling ring là… :

Gollum-Ring

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2 commentaires

  1. En tous points d’accord avec toi, ma critique reprenant les mêmes qualificatifs pour cette contrefaçon plus que décevante de la part de Sofia Coppola.

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    1. Effectivement, on a les mêmes arguments… c’est marrant 🙂
      J’ai rarement été aussi énervée sur mon siège !

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