[Humeur] A toi qui bouffes allégrement ton pop-corn devant « Prisoners » (spoilers !)

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On fait du pop-corn avec du maïs … et des glands…

(Pardon d’avance pour le ton hautain et sans doute puant de ce billet).

La semaine dernière, j’ai enfin vu « Prisoners », de Denis Villeneuve. « Enfin vu » car le film est sorti début octobre et je ne l’ai vu que fin novembre, une stratégie destinée à éviter les salles bondées et leur lot de spectateurs boulets. Stratégie inefficace donc car même en allant voir les films le plus tard possible, difficile d’échapper aux bouffeurs de pop-corn.

Pendant ma séance, j’ai évidemment eu droit au grand classique des mecs et nanas bouffant allégrement maïs soufflé et bonbons. D’habitude, c’est déjà chiant de devoir supporter les bruits de sachets, pourtant on fait avec, on prend sur soi. Mais ici, ces nuisances sonores paraissaient encore plus insupportables étant donné le propos du film qui, rappelons-le, met en scène la disparition de deux fillettes ainsi que l’enlèvement, la séquestration et la torture du ravisseur présumé par le père de l’une d’elles. Ravisseur qui s’avérera finalement être innocent… Ambiance.

Loin de moi l’intention de parler ici du film (ce qui sera fait dans une critique à part), mais le but est d’aborder l’attitude de certains spectateurs. Car si le film est intense et particulièrement prenant, impossible de nier qu’il est également très dérangeant. Signe qui ne trompe pas, plusieurs spectateurs autour de moi avaient tout au long du film une main devant la bouche tellement ils étaient choqués.

Las ! Ce sentiment n’était pas partagé par tous. Loin de là. Pourquoi faut-il qu’il y ait toujours un boulet pour bouffer du pop-corn pendant 2 heures (sur un film de 2h30, c’est long, très long), une boulette pour plier et replier consciencieusement son paquet de bonbons trois ou quatre fois, histoire d’être certaine de bien faire chier ses voisins ou un con qui ouvre ses Kinder Bueno pendant une scène critique ? Parce que quand pendant tout un film, on est plongé dans l’intrigue, en apnée pendant 2h30 et qu’en fond sonore, on entend des bruits de sachets, il y a de quoi péter un câble. Ou alors, je suis juste une jeune vieille conne (ce qui est possible). A croire que certaines personnes sont plus intéressées par le fond de leur paquet de pop-corn que par le propos du film… D’habitude ça me gonfle. Là, ça m’a profondément choqué.

Parce qu’on en est arrivé à un point où automatiquement, pour les gens cinéma = pop-corn et bouffe, peu importe le film vu, qu’il s’agisse d’un blockbuster, d’un documentaire ou d’un film d’auteur.  Si pour beaucoup le cinéma reste un art, pour d’autres il est devenu un produit qu’on consomme comme un autre, avec pop-corn et soda, le week-end pour « se vider la tête ». On pourrait presque croire que certains viennent au cinéma pour pique-niquer plutôt que pour découvrir un film. Le bruit de fond est tel qu’il est parfois difficile de dire si on se trouve dans une salle de cinéma ou au resto. « Une place pour Prisoners, s’il vous plaît. Et puis vous me mettrez aussi un coca et une grande frite, des fois qu’il y ait la guerre ». C’est-à-dire que je te les mets où? Dans la gueule?

Finalement ce qui est gênant, ce n’est pas le fait que les gens bouffent au ciné : certes, c’est chiant, mais on fait avec. Au-delà de l’incivilité de ces sans-gênes qui farfouillent dans leur paquet de pop-corn* sans se soucier de leurs voisins, ce qui est dérangeant c’est que des spectateurs soient capables de bouffer tranquillou, sans être écœurés, devant un mec innocent qui se fait torturer (autant appeler un chat, un chat). Ce qui est gênant,  c’est le fait que ces personnes réagissent exactement de la même façon  (voire ne réagissent pas du tout) qu’elles regardent une bonne grosse comédie franchouillarde, un prime de Secret Story ou un film sur des enlèvements d’enfants. Sans manifester une once de dégoût, comme si elles étaient complètement anesthésiées du cerveau. Ca ne leur fait ni chaud, ni froid. Cette absence d’empathie, cette incapacité à être touché par quoi que ce soit, personnellement je trouve ça effrayant…

Est-on devenu insensible à ce point ? Est-que ça veut dire que certaines personnes se contrefoutent de voir un type innocent se faire torturer ? (encore une fois, je ne juge pas le film). Parce qu’après tout, on voit pire tous les jours à la télévision et sur Internet.  Après tout, « C’est un film, non ? C’est que du cinéma », « Oh la vache, il prend cher le mec ! Miam, miam, ils sont bons mes pop-corn ». Sauf que non, ce n’est pas que du cinéma. La capacité de s’indigner ou de s’émouvoir révèle quelque chose de notre conscience et de notre humanité. Alors, certes, on ne peut pas reprocher aux gens de ne pas être touchés par les mêmes choses que nous. Chacun a sa sensibilité mais quand même…  Voir que des personnes sont capables de bouffer comme si ce qu’elles regardaient était anodin est presque plus dérangeant que le film.

* En plus, le pop-corn c’est dangereux parce que des fois ça se coince entre la dent et la gencive et ça fait mal. 😮

(Je vous avais prévenu mais il fallait que ça sorte… :D).

popcorn

Raaaaaaaaagh !!!! Bonzai !!!!

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6 commentaires

  1. Oh mais je ne trouve ni hautaine ni puante, sur ce coup. Je confesse qu’il m’arrive – très exceptionnellement – de grignoter au ciné (généralement quand je n’ai pas eu le temps de manger entre la fin du boulot et l’arrivée au ciné), et c’est toujours avec mille précautions, genre j’attend un bruit d’explosion pour ouvrir un paquet (ou mieux, je l’ouvre pendant les pubs), et en attendant que le machin fonde dans ma bouche avant de déglutir, pour ne pas faire d’affreux chomp-chomp intempestifs. Et quand ça m’arrive, c’est TOUJOURS devant un blockbuster. Bref, le ciné, c’est pas un resto ou une aire d’autoroute.

    Je suis relativement perplexe moi aussi quant à l’apathie totale, voire l’anesthésie émotionnelle d’une part hélas de plus en plus large du public, et de constater une forme de banalisation de… tout. Plus rien ne choque, plus rien ne révulse, plus rien ne renverse. Comme tu le dis si bien, certains spectateurs vont voir des films – durs – comme Prisoners de la même manière qu’ils se feraient un plateau télé devant TF1. C’est… préoccupant.

    Maintenant, l’humanité est ainsi faite. A Rome, déjà, pendant les jeux du cirque – qui peut décemment s’amuser devant le « spectacle » de martyrs se faisant mettre en pièces par des fauves, sérieusement? – le public bouffait aussi sans la moindre retenue, ni une once de nausée. Alors…
    Nous ne sommes décidément pas égaux face aux émotions et, par extension, face à notre préoccupation d’autrui, ce qui passe par le civisme… chose qui a depuis longtemps fuit bon nombre de cinémas.

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    1. Pareil, il m’arrive aussi de manger un truc vite fait mais c’est toujours avant ou pendant les bandes-annonces. Pour les jeux du cirque, c’est un très bon exemple, mais c’est dommage (affreux?) de voir que la mentalité d’un certain public n’évolue pas.

      D’ailleurs ça serait intéressant de savoir quels chiffres font les exploitants grâce au comptoir confiseries. J’imagine qui si on le supprimait, ça leur ferait perdre énormément d’argent… Bref, c’est un cercle vicieux.

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      1. C’est clair, on entretient cette addiction à la bouffe devant l’écran. Le sucre atténue la souffrance, diminue la peur, endort les neurones (j’imagine), résultat, on a un public amorphe devant les pires séquences. Fantastique, quoi. :/

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  2. Ca m’est arrivé aussi devant Prisoners ! Plein de gens parlaient, mangeaient, commentaient…. et ca m’empêchait de suivre le film ! Et avec ce type de film vaut mieux bien suivre sinon…! Donc, tout ça pour dire que toutes ces personnes m’ont empêcher de faire mon avis sur ce film et je ne sais donc pas si je n’ai pas aimé à cause de ce qui il y a dans le film ou à cause des gens dans la salle !!! Bref, les gens sont irréspectueux !

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    1. Oui, c’est vraiment dommage que la première vision d’un film et l’effet de surprise soient gâchés à cause de quelques personnes indélicates. Mais bon, il paraît que les cons ça ose tout … 😉

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      1. … c’est à ça qu’on les reconnait ! :p

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Note à Béné

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