[Critique série] Hannibal – saison 1

Affiche Hannibal

 « Un jeu de cadavres exquis mais trop frugal »

Après avoir hanté la littérature et le cinéma à travers quatre romans et autant de films, Hannibal Lecter reprend ses consultations sur le petit écran cette fois. Il fallait bien le format de la série télé pour que la personnalité du célèbre psychiatre cannibale, compte tenu de la complexité du personnage, puisse se dévoiler sur la durée. Dans Hannibal, basée sur le roman Dragon rouge de Thomas Harris et prequel du Silence des agneaux, Mads Mikkelsen remplace Anthony Hopkins dans le rôle d’un Lecter encore au-delà de tout soupçon et Clarice Starling n’est qu’une lointaine interlocutrice. Pourtant, ce n’est pas lui le personnage principal mais Will Graham. La série se concentre en effet sur la relation ambigüe entre Hannibal Lecter et son patient, consultant pour le FBI. Ce dernier a la capacité de recréer mentalement les scènes de meurtres en se fondant dans la peau des tueurs qu’il recherche. Cette empathie excessive le ronge littéralement et menace constamment de lui faire perdre pied en floutant la frontière entre visions et réalité.

Hannibal 3

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la série de Bryan Fuller, producteur de Pushing Daisies et Dead Like Me, est difficile à cerner tant elle est inscrite dans une atmosphère et un univers singuliers. Hannibal bénéficie d’une identité visuelle particulière, presque froide et clinique, grâce à une photographie et une esthétique très sombres et léchées. Ce raffinement apparent renforce d’autant plus la sauvagerie des meurtres auxquels sont confrontés les enquêteurs. Leur représentation, très graphique et visuelle, est le point fort de la série et leur créativité distingue sur ce point Hannibal des cop-show classiques. Cette théâtralisation des scènes de meurtres fait planer sur la série une ambiguïté permanente, car si elles réservent quelques vraies frayeurs, impossible de ne pas reconnaître une certaine beauté même dans l’horreur la plus innommable. Avec cette esthétisation de l’abominable, la mort et la monstruosité sont transformées en œuvre d’art, comme sublimées dans une toile réalisée par un artiste malade. Cette même ambiguïté domine le jeu de Mads Mikkelsen. Le comédien, génial comme d’habitude, incarne à la perfection ce mélange de froide cruauté et de raffinement, cette position trouble de repère psychologique et de menace insidieuse. Véritable esthète, son cannibalisme n’est que subtilement évoqué. Le personnage est tellement raffiné et élégant que l’on peine à mesurer l’ampleur du danger qu’il représente, même s’il se révèle pourtant peu à peu.

Hannibal 1

Mais malgré ces indéniables qualités, Hannibal déçoit. La série ne passionne jamais vraiment et les épisodes s’enchaînent avec monotonie. Mêler les genres en alliant psychiatrie et policier était une idée louable mais le premier, avec les nombreuses séances de thérapie et les discussions qui en découlent, rend l’ensemble trop bavard et théorique, tandis que le deuxième est peut-être trop convenu. Difficile ainsi de voir dans Hannibal autre chose qu’une énième série policière. Le schéma « un épisode, un meurtre » finit par lasser et diluer la continuité de l’intrigue. On peine à cerner l’évolution de la série et à l’envisager comme un tout cohérent tant chaque épisode paraît indépendant des autres. La curiosité de départ cède la place à une lassitude progressive, la faute peut-être à cette étrange absence d’empathie à l’égard des personnages, à une narration confuse ou à un rythme trop linéaire. Heureusement, le dernier épisode offre enfin le twist et le cliffhanger tant attendus et vient secouer une mécanique devenue ronronnante. Les masques vont tomber et ce soubresaut final augure une saison 2 dans laquelle les cartes seront totalement redistribuées. Certains personnages vont se mettre à table et déguster, mais pas forcément ce qu’ils espèrent…

Hannibal

Hannibal, créée par Bryan Fuller, avec Mads Mikkelsen, Hugh Dancy, Laurence Fishburne, Caroline Dhavernas…  Américain, 13 épisodes, 42 minutes.

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