[Critique] Coup de cœur : Nymphomaniac – Volume 1

Spoilers inside !

Affiche Nymphomaniac

« Un grand film hypnotisant et pathétique sur l’addiction »

Nymphomaniac aura bien caché son jeu. Si la promotion du film a tourné autour de son supposé côté sulfureux, avec ses scènes de sexe non simulées et ses affiches (presque mensongères) montrant les comédiens en plein orgasme, le dernier Lars von Trier n’a pourtant rien de racoleur, de voyeuriste ou d’excitant. Au contraire. Le premier volet de son diptyque sur la vie d’une nymphomane assumée est un grand film pathétique et bouleversant sur l’addiction et la solitude dans laquelle elle enferme ceux qui en sont victimes. Lars von Trier réalise ainsi un véritable tour de force : parce que traversé par un mal-être permanent, son Nymphomaniac est certes cru mais jamais vulgaire, licencieux sans être malsain ou glauque. Ce qui est glauque, c’est le malaise de Joe, pas la manière dont elle l’étouffe. L’importance accordée à la psychologie de l’héroïne tient constamment à distance toute excitation ou tout voyeurisme mal placés. La séquence où le personnage d’Uma Thurman, hystérique, fait une scène à son mari en prenant leurs trois enfants à témoin est autrement plus dérangeante que toutes les scènes de sexe réunies.

Nymphomaniac 1

On suit le récit de Joe comme hypnotisé, pendu à ses lèvres (aucun jeu de mot), sans ressentir la moindre gêne mais une empathie totale. Le choix de dérouler le fil d’une vie par le prisme des expériences sexuelles est un angle comme un autre et cet angle est parfaitement justifié ici. Il en résulte un film somme sur la sexualité, charnel et naturel, presque lumineux, qui transpire la vie à chaque instant. La dimension sexuelle s’inscrit dans le parcours et la quête du personnage, révélant finalement son extrême solitude. Un peu comme Steve McQueen l’avait fait avec Shame, Nymphomaniac met en scène un personnage enfermé dans ses pulsions et un corps qui en réclame toujours plus (le fameux « Fill all my holes »). Comme la boulimie ou la drogue, le sexe devient une addiction perçue comme le seul moyen de se sentir vivant et d’exprimer ses émotions – notamment dans le chapitre se déroulant à l’hôpital, où la mort est en embuscade – ou au contraire de s’anesthésier. Joe aura d’ailleurs réussi : à la fin du film, lors d’une énième partie de jambes en l’air incluant cette fois une nouvelle donnée, l’amour, elle assure ne plus rien sentir.

Nymphomaniac 2

Pour camper ses personnages, Lars von Trier a choisi un duo de comédiens convaincant. La débutante Stacy Martin, révélation du film, apporte grâce et fragilité à un rôle délicat. Après avoir fait mumuse avec les robots extraterrestres de la saga Transformers, Shia LaBeouf retrouve le contact avec la chair humaine et décroche là un rôle à sa mesure, démontrant un charisme et une profondeur jusque là dissimulés. Mais si Nymphomaniac est fascinant sur le fond, il l’est aussi sur la forme. Lars von Trier signe un film hybride, étrange, dans lequel le récit de Joe adulte se mêle à des flash-back sur sa jeunesse, le tout entrecoupé de discussions métaphoriques un peu obscures et d’infographies étonnantes. Si les parallèles ne sont pas toujours très subtils, avec ces métaphores sur la pêche et la chasse et le rapport entre proies et prédateurs, impossible de nier qu’ils confèrent au film une identité visuelle unique. Cette créativité formelle contribue à faire de Nymphomaniac un véritable ovni, happant le spectateur jusqu’à la toute dernière minute. Lars von Trier enchaîne alors définitivement le public au destin de ses personnages ; la chute, abrupte, lui renvoyant la frustration d’une sexualité jamais satisfaisante. L’attente du deuxième volet se trouve instantanément renforcée, conséquence de ces préliminaires arrêtés à un moment crucial.

Nymphomaniac 3

Nymphomaniac – Volume 1, de Lars von Trier avec Charlotte Gainsbourg, Stellan Skargard, Stacy Martin, Shia LaBeouf, Christian Slater … Drame, danois, allemand, français, belge, britannique. 1h58. Interdit aux moins de 16 ans.

La critique de Nymphomaniac – Volume 2 est ici.

Résumé Allociné :

La folle et poétique histoire du parcours érotique d’une femme, de sa naissance jusqu’à l’âge de 50 ans, racontée par le personnage principal, Joe, qui s’est auto-diagnostiquée nymphomane. Par une froide soirée d’hiver, le vieux et charmant célibataire Seligman découvre Joe dans une ruelle, rouée de coups. Après l’avoir ramenée chez lui, il soigne ses blessures et l’interroge sur sa vie. Seligman écoute intensément Joe lui raconter en huit chapitres successifs le récit de sa vie aux multiples ramifications et facettes, riche en associations et en incidents de parcours.

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