[Critique] Nymphomaniac – Volume 2

Spoilers inside !

Nymphomaniac affiche

« Le récit d’une douloureuse descente aux enfers »

« Je ne sens plus rien ». C’est sur ce terrible aveu que se terminait le premier volume de Nymphomaniac, laissant Joe et le spectateur totalement désorientés. Dans la deuxième partie du diptyque de Lars von Trier – là aussi présentée dans sa version courte – la jeune femme n’aura de cesse d’essayer de retrouver ses sensations, quitte à expérimenter une sexualité plus extrême. Ce basculement dans la violence caractérisera et imprégnera peu à peu tout le film, qu’il s’agisse des séances SM de Joe ou de son activité de recouvreuse de créances auprès de débiteurs peu réglos – comme par hasard des hommes – qu’elle doit littéralement « faire payer ». En ce sens, la suite de Nymphomaniac marque une rupture radicale par rapport au précédent volume : après avoir livré une œuvre lumineuse, Lars von Trier signe un film pas nécessairement plus glauque, mais incontestablement plus sombre, moins optimiste, plus douloureux. Même si l’œuvre a été conçue à l’origine comme un tout avant d’être censurée et scindée en deux, la rupture de ton est telle qu’on a presque l’impression de voir un deuxième film, indépendant du premier – ce qui justifie à mon sens deux critiques distinctes. Non pas que ce volume soit moins bon. Loin de là. Pourtant, difficile de pouvoir définitivement affirmer si on a aimé ou non, tant le malaise ressenti à sa vision est à la hauteur de la fascination exercée par le premier segment.

Nymphomaniac 1

Alors que le spectateur se laissait porter par son rythme, ici, Lars von Trier ne l’épargne pas, enchaînant les rebondissements tous plus éprouvants les uns que les autres. Si le film est toujours aussi cru et flirte avec la même habileté avec le glauque, il n’a pas le charme de son prédécesseur. La pulsion de vie qui en émanait laisse la place à un vrai désenchantement. La chair est triste, et le sexe, plus faible que jamais. Ce deuxième volume se fait plus violent et plus dérangeant, mais là encore cette rupture n’est pas gratuite : ce choix est au service de la personnalité de Joe et illustre l’évolution de son personnage à mesure que son malaise grandit. Stacy Martin s’efface au profit de Charlotte Gainsbourg, qui incarnera une version bien différente du personnage. Jusque là psychologique, sa douleur est maintenant physique. Déjà meurtrie sur le plan affectif, Joe l’est désormais aussi dans sa chair, l’abandon de son fils se combinant aux plaies causées par les sévices subis lors de séances de SM (dirigées par un Jamie Bell en grande forme, froid et intransigeant). Après avoir sublimé le corps, Lars von Trier montre son pourrissement, signe de la déchéance progressive de Joe. C’est le corps toujours, et la perspective de sa disparition, qui l’amènera à former une petite jeune pour assurer la relève, transformant Joe en docteur Frankenstein, créatrice d’un monstre qui causera sa perte.

Nymphomaniac 2

Dans la même chambre au dépouillement monacal, Seligman et Joe poursuivent leur face-à-face, le premier écoutant le récit de la seconde. Ce climat propice à la confession pousse Seligman à faire lui aussi un aveu : l’homme avoue être asexuel, renversant ainsi la dynamique du récit. Dès lors, les deux extrêmes de la sexualité se font face, la nymphomanie de Joe faisant écho à l’inexpérience de son confident d’un soir. Malheureusement pour la jeune femme, qui décide de renoncer à sa sexualité, son histoire va réveiller celle de Seligman. Lui qui se cachait derrière ses connaissances et son savoir n’aura pas pu réprimer ses pulsions. Le corps aura finalement triomphé sur l’esprit, amenant le film vers une conclusion d’une violence inouïe. Lumineux dans sa première partie, Nymphomaniac finit par basculer dans l’horreur la plus absolue. Ironie de l’histoire, Seligman avait cru percevoir des présages sataniques dans le récit de Joe et pour cause : c’est lui le démon qui se révélera à la fin, emportant avec lui toute possibilité de salut pour l’héroïne. Si Joe avait perdu toutes sensations à mi-parcours, le couperet final, pessimiste au possible, achève de la perdre définitivement alors que le spectateur la devine s’évaporant dans la nature avec les premiers rayons du soleil. Comme une nymphe surprise par quelque satyre mal intentionné… On en reste glacé d’effroi.

Nymphomaniac – Volume 2, de Lars von Trier, avec Charlotte Gainsbourg, Stellan Skarsgard, Shia LaBeouf, Jamie Bell, Mia Goth… Français, danois, belge, allemand, britannique. Drame. 2h04. Interdit aux moins de 18 ans.

La critique de Nymphomaniac – Volume 1 est ici.

Résumé Allociné : La folle et poétique histoire du parcours érotique d’une femme, de sa naissance jusqu’à l’âge de 50 ans, racontée par le personnage principal, Joe, qui s’est autodiagnostiquée nymphomane. Par une froide soirée d’hiver, le vieux et charmant célibataire Seligman découvre Joe dans une ruelle, rouée de coups. Après l’avoir ramenée chez lui, il soigne ses blessures et l’interroge sur sa vie. Seligman écoute intensément Joe lui raconter en huit chapitres successifs le récit de sa vie aux multiples ramifications et facettes, riche en associations et en incidents de parcours.

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