[Critique] Coup de cœur : Dans l’ombre de Mary – La promesse de Walt Disney

Affiche Mary

« Un biopic sensible sur le rapport entre l’œuvre et l’intime »

Le sac à main sans fond contenant de quoi réapprovisionner trois magasins Ikéa, le manège avec les chevaux de bois ou le rythme entêtant de « Supercalifragilisticexpialidocious » (oui oui, j’ai fait un copier-coller) : la simple évocation du nom de Mary Poppins suffit à réveiller toutes sortes de souvenirs, tant le film a bercé des générations de spectateurs. Pourtant, l’histoire derrière celle de la célèbre nounou, tout aussi intéressante, est moins connue du grand public. Dans l’ombre de Mary raconte ainsi les coulisses de la création de ce film culte et plus particulièrement l’affrontement ayant opposé Walt Disney et l’auteure, Pamela Lyndon Travers, plus que réticente à l’idée de voir son œuvre dénaturée par le studio à l’origine de ce qu’elle considérait comme des « dessins animés stupides ». Petit à petit, le making-of de Mary Poppins se double d’un film sur P.L. Travers pour devenir un biopic malin, tout en filigrane. A mesure que la production du film avance, le voile se lève sur l’histoire d’une auteure dont on sait finalement peu de chose. Aux scènes se déroulant dans le Los Angeles du début des années 60 succède une plongée dans l’enfance de Travers en Australie. Le procédé, ingénieux, évite le côté parfois scolaire du genre pour au contraire privilégier l’émotion. Le montage, parfaitement maîtrisé, et l’utilisation habile des flash-back mettent les différents niveaux du récit en perspective et servent de la meilleure des façons cette atmosphère douce-amère, entre magie et mélancolie. Avec les coulisses de la mise en scène de Mary Poppins, se sont celles de l’écriture du roman et de la vie de son auteure qui sont mises en avant.

Mary 1

Car dans l’ombre de Mary, il y a une femme, avec ses souffrances et ses souvenirs. Le film dresse, avec beaucoup de sensibilité, le portrait d’un être meurtri par une enfance chargée de drames, entre un père alcoolique et une mère dépressive. On comprend peu à peu pourquoi Travers est si attachée à son roman. L’émotion poignante qui émane du film vient de là : elle ne fait pas que superviser l’adaptation de son œuvre, elle livre au public une part de sa vie. C’est une part d’elle-même, sans doute la plus intime, qui lui échappe du même coup. Au-delà du film labellisé Disney, Dans l’ombre de Mary est un film très émouvant, qui prend parfois aux tripes, sur le lâcher prise et l’ouverture aux autres. D’abord horrifiée par la légèreté apportée à son histoire, Travers finira par se laisser gagner par la magie ambiante en faisant en même temps le deuil de son passé (même si sur ce plan, John Lee Hancock s’arrange un peu avec la réalité puisque Travers aurait tout bonnement détesté l’adaptation, ses larmes lors de la première du film traduisant un sentiment de trahison). C’est bien ce parfait équilibre qui fait la force du film : on y retrouve toute la magie de Disney mais avec cette once de gravité qui lui apporte une vraie profondeur. Pourtant, le film ne se départ jamais d’une certaine légèreté et d’un humour féroce. Le décalage existant entre le fantaisiste Walt Disney et Travers, l’incarnation de la rigueur absolue, est savoureux et  l’affrontement entre la vision de ces deux conteurs, ces deux artistes, finalement pas si différents, évite au film de sombrer dans le pathos. Et les prestations de Tom Hanks et d’Emma Thompson n’y sont pas pour rien.

Mary 2

L’opposition entre ces deux conceptions, au-delà des coulisses passionnantes de la création, ouvre surtout une nouvelle voie : celle de l’interprétation et de la valeur de la réappropriation de toute œuvre une fois qu’elle est livrée au public. Parce que le cinéma, ce n’est jamais que du cinéma. A travers une mise en abyme saisissante, Dans l’ombre de Mary rappelle que derrière chaque film, chaque histoire, il y a des personnes, avec des vies et des émotions bien réelles. Et le spectateur a également sa place dans cette équation : Dans l’ombre de Mary parle ainsi, avec beaucoup de force, de ce que chacun projette dans les films et perçoit de sa propre histoire. Comme un joli pied de nez adressé à tous ceux qui considèrent les dessins animés et les films de Disney – voire le cinéma en général – avec dédain. Si Hollywood est parfois qualifié de manière péjorative « d’usine à rêves », le film prouve qu’en fin de compte, le rêve l’emporte sur l’industrie, et c’est bien ça le plus important. Le conseil donné par le père de Pamela résonne alors avec plus de force : « Fais ce que tu veux de ta vie, mais n’arrête jamais de rêver ». Message reçu.

Dans l’ombre de Mary – La promesse de Walt Disney, de John Lee Hancock, avec Tom Hanks, Emma Thompson, Paul Giamatti, Colin Farrell, Ruth Wilson, Jason Schwartzman… Drame, comédie. Américain, britannique, australien. 2h05.

Résumé Allociné :
Lorsque les filles de Walt Disney le supplient d’adapter au cinéma leur livre préféré, “Mary Poppins”, celui-ci leur fait une promesse… qu’il mettra vingt ans à tenir !
Dans sa quête pour obtenir les droits d’adaptation du roman, Walt Disney va se heurter à l’auteure, Pamela Lyndon Travers, femme têtue et inflexible qui n’a aucunement l’intention de laisser son héroïne bien aimée se faire malmener par la machine hollywoodienne. Mais quand les ventes du livre commencent à se raréfier et que l’argent vient à manquer, elle accepte à contrecoeur de se rendre à Los Angeles pour entendre ce que Disney a imaginé…
Au cours de deux semaines intenses en 1961, Walt Disney va se démener pour convaincre la romancière. Armé de ses story-boards bourrés d’imagination et des chansons pleines d’entrain composées par les talentueux frères Sherman, il jette toutes ses forces dans l’offensive, mais l’ombrageuse auteure ne cède pas. Impuissant, il voit peu à peu le projet lui échapper…
Ce n’est qu’en cherchant dans le passé de P.L. Travers, et plus particulièrement dans son enfance, qu’il va découvrir la vérité sur les fantômes qui la hantent. Ensemble, ils finiront par créer l’un des films les plus inoubliables de l’histoire du 7ème art…

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Note à Béné

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