[Critique] Transcendance

Affiche Transcendance

« Un premier film ambitieux mais étouffé par la multiplicité de ses thèmes »

Les intelligences artificielles ont décidément la côte cette année au cinéma. Après Spike Jonze et « Her« , Wally Pfister a choisi un thème similaire pour faire ses premiers pas derrière la caméra. Un sujet pour le moins ambitieux pour celui qui fut le directeur de la photographie de Christopher Nolan sur la trilogie « Batman », » Inception » ou encore « Le Prestige ». Pour sa première expérience en tant que réalisateur, Wally Pfister transforme l’essai en signant un film d’anticipation efficace et peut-être moins prophétique qu’il n’en a l’air. L’idée de départ est à la fois fascinante et excitante : et si, dans un future proche, il était possible de télécharger une conscience humaine dans un ordinateur, comme on téléchargerait un logiciel ou un fichier ? Quelles seraient dès lors les applications d’une telle révolution transhumaniste ? « Transcendance » en évoque certaines, notamment dans les domaines de la médecine et de l’écologie. Dans notre monde où tous les secteurs d’activités sont déjà régis par la technologie et où Internet est omniprésent, la projection est diablement efficace. L’affiche du film cite Albert Einstein : « Je crains le jour où la technologie dépassera l’homme ». Mais n’est-ce pas déjà le cas, à une époque où de plus en plus d’activités sont totalement mécanisées au détriment du facteur humain ? A quel point la technologie nous rend-elle vulnérables quand les systèmes les plus sophistiqués peuvent s’effondrer sous l’effet d’attaques informatiques ?

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Se pose alors la question de la limite entre science et bioéthique et de la place de la morale dans cette équation. Ainsi, Wally Pfister ne se laisse pas complètement happer par la toute-puissance technologique. Face à cet empiètement de la technologie sur nos vies, le metteur en scène redonne à la nature sa juste place et humanise son discours en le doublant d’une intéressante réflexion sur le travail de deuil. Impossible même de ne pas frissonner face à la poésie et à la dimension presque métaphysique qui se dégagent de certaines scènes. En tenant toujours ce fil de la relation entre l’humain et la machine, en maintenant ce périlleux équilibre jusqu’au bout, « Transcendance » évite le piège dans lequel sont tombés nombre de récents films du genre, tels que « Time Out » ou « The Island« , dans lesquels l’idée de départ était gâchée par le basculement du film dans le registre de l’action pure.

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Et s’il y a un élément qui cristallise ce rapport particulier, c’est bien la prestation de Johnny Depp. Adepte depuis un moment des transformations physiques ainsi que des rôles marqués par l’outrance et la démesure, le comédien pousse ici la performance à l’extrême. Lui qui, peut-être plus qu’aucun autre de ses confrères, a fait de son corps un véritable instrument d’expérimentation va jusqu’à être totalement dématérialisé, abandonnant toute présence physique pour n’être par moment plus qu’une voix, comme Scarlett Johansson dans « Her ». Si le symbole est marquant, difficile d’en dire autant de la prestation du comédien, car à trop avoir vampirisé l’écran avec ses mimiques et grimaces, le jeu de Johnny Depp paraît aussitôt bien fade dès qu’il fait dans la sobriété.

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Au rayon des faiblesses, dommage également que Wally Pfister se laisse un peu dépasser par l’ampleur et la force de son sujet. Si l’idée de départ est passionnante, son développement aurait pu nourrir des dizaines de films tant elle contient de ramifications et de thèmes qui intéressent l’anticipation. Désireux de ne rien laisser de côté, « Transcendance » apparaît ainsi comme inutilement surchargé, en raison de multiples développements trop survolés ou a contrario trop lourds. Le manque de place accordé à certains aspects engendre un réel sentiment de frustration tant ils semblent pertinents au regard des problématiques de notre société actuelle. Car c’est bien là le rôle et la valeur du cinéma d’anticipation : offrir un miroir de notre propre monde et de notre époque en nous ouvrant toute l’étendue d’un possible futur. Et à ce petit jeu, ce que donne à voir « Transcendance » reste tout de même assez fascinant.

Transcendance, de Wally Pfister avec Johnny Depp, Rebecca Hall, Morgan Freeman, Cillian Murphy, Paul Bettany, Kate Mara… Science-fiction, Américain. 1h53.

Résumé Allociné :
Dans un futur proche, un groupe de scientifiques tente de concevoir le premier ordinateur doté d’une conscience et capable de réfléchir de manière autonome. Ils doivent faire face aux attaques de terroristes anti-technologies qui voient dans ce projet une menace pour l’espèce humaine. Lorsque le scientifique à la tête du projet est assassiné, sa femme se sert de l’avancée de ses travaux pour « transcender » l’esprit de son mari dans le premier super ordinateur de l’histoire. Pouvant désormais contrôler tous les réseaux liés à internet, il devient ainsi quasi omnipotent. Mais comment l’arrêter s’il perdait ce qui lui reste d’humanité ?

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