[Spectacle] « Le Bal des vampires » version comédie musicale au Théâtre Mogador à Paris

Petite nouveauté sur Brigade Cinéphile : la review d’une comédie musicale. Parce que j’adore ça et que je commence à en avoir vu quelques unes. Et si l’envie d’écrire sur « La Belle et la Bête » a petit à petit fané comme la rose de la Bête, je n’allais pas laisser passer cette occasion une nouvelle fois. Certes, à première vue, on s’écarte du sujet de ce blog et du cinéma à proprement parler mais finalement pas tant que ça puisque ce premier article va concerner l’adaptation du « Bal des vampires ».

Le Bal Des Vampires Mogador Teatre Paris

Crédit photo : BRINKHOFF/MÖGENBURG

« Un spectacle d’une beauté envoûtante, mais qui n’a pas grand-chose à voir avec le film d’origine »

Créée et jouée pour la première fois à Vienne en 1997, la comédie musicale adaptée du film éponyme de Roman Polanski, sorti lui en 1967, a établi ses quartiers depuis le mois de septembre au Théâtre Mogador à Paris. Si les fans du film n’y trouveront pas forcément leur compte, et malgré quelques bémols ici et là, le spectacle est une réussite. Rien d’étonnant puisque la production du Bal des vampires est assurée par Stage Entertainment, acteur incontournable en matière de spectacle vivant, déjà derrière les succès du Roi Lion, Mamma Mia !, Sister Act et plus récemment du sublime La Belle et la Bête. Autant dire qu’en matière de divertissement, Le Bal des vampires constitue ce qui se fait de mieux, aidé en cela par une débauche de moyens et des décors somptueux.

Roman Polanski a beau avoir signé lui-même la mise en scène du spectacle, la première impression qui se dégage assez rapidement c’est que, mis à part l’histoire, rigoureusement la même, ce Bal des vampires n’a pas grand-chose à voir avec le film d’origine. Certes, on en retrouve avec un plaisir régressif certaines scènes-clés, comme le processus de décongélation du professeur Abronsius au début du récit ou le jeu des reflets de miroir entre humains et vampires, mais le ton est totalement différent et l’esprit du film n’est pas vraiment là. Sans doute pour pousser plus loin le côté décalé, le metteur en scène a privilégié un humour plus « facile » et souvent en dessous de la ceinture. Même si Le Bal des vampires est une parodie des films consacrés aux suceurs de sang, les souvenirs qui y sont associés peuvent le rendre, dans une certaine mesure, presque plus inquiétant que beaucoup de films « sérieux » du genre. Le château servant de décor à l’intrigue, Koukol, le bossu, qui dévore des loups en guise de quatre-heures, cette ambiance gothique, la bande-originale et ses chœurs si entêtants… autant d’éléments qui contribuent à instaurer une atmosphère lourde et baroque. Une atmosphère qui a été complètement gommée dans la comédie musicale pour en faire un spectacle grand public. Celle-ci est donc plus à envisager comme une œuvre totalement autonome que comme une réelle adaptation.

Le Bal Des Vampires Mogador Teatre Paris

Crédit photo : BRINKHOFF/MÖGENBURG

Cette précision en tête, ce Bal des Vampires séduit par la beauté de l’univers qu’il donne à voir. Le décalage surprend un peu mais une fois qu’on a accepté et intégré le fait de voir des vampires faire des pirouettes et des ronds de jambe – ce qui n’est a priori pas la chose la plus terrifiante qui soit, surtout quand le numéro en question baigne dans une improbable lumière rose tendance disco – une espèce de beauté froide s’installe et émerge progressivement de l’ensemble. Impossible de nier que le spectacle est visuellement somptueux et dégage une classe et une élégance folles – peut-être l’effet « costumes d’époque » -, enchaînant décors et tableaux époustouflants, entre auberge de village, caveau et salle de bal.
Certaines idées de mise en scène sont particulièrement efficaces, comme lorsque l’ombre de Von Krolock se dresse pour dominer la scène de son inquiétante présence ou lors de cette danse entre Alfred et Herbert dans laquelle seul le reflet de l’assistant apparaît dans un miroir. Et que dire du moment où les vampires prennent possession du théâtre, provoquant ainsi un délicieux sursaut d’insécurité parmi les spectateurs… A propos des vampires justement, deux interprètes se détachent nettement et participent à cette élégance générale. Stéphane Métro, dans le rôle du Comte Von Krolock, et Sinan Bertrand, qui incarne son fils Herbert, ont tous les deux énormément d’allure et un charisme fou. Leur maquillage y est évidemment pour beaucoup mais il ne fait pas tout. Leurs gestes, contrôlés et tout en retenue, attirent l’œil et captent l’attention à chacune de leurs apparitions. Stéphane Métro est clairement la voix de cette comédie musicale. Une surprise d’autant plus heureuse qu’il avait d’abord été casté en tant que doublure. Le rôle du Comte lui est revenu après la blessure et l’abandon de Dumè, premier choix de la production, récemment vu dans la comédie musicale Robin des Bois au côté de Matt Pokora sous les traits du Shérif de Nottingham. On saluera également la performance de David Alexis dans la peau du professeur Abronsius et son impeccable diction, mise en avant à l’occasion d’un numéro virtuose.

Le Bal Des Vampires Mogador Teatre Paris

Crédit photo : BRINKHOFF/MÖGENBURG

A cette rare exception, et c’est peut-être là que le bât blesse, les chansons du spectacle manquent globalement de caractère. Sur ce plan, le titre le plus déroutant reste certainement cette étonnante reprise en français de « Total eclipse of the heart », qui constitue le thème principal de la comédie musicale. Le compositeur de la musique du Bal des vampires, Jim Steinman, est également l’auteur de cette chanson de Bonnie Tyler mais le titre original est tellement connoté dans l’inconscient collectif que son utilisation semble totalement hors-sujet ici et peut déconnecter du spectacle et de l’histoire. Alourdi par une traduction française parfois maladroite qui pousse le mimétisme un peu loin (le « forever » d’origine devient « faux rêveur » dans la bouche des personnages), c’est pourtant l’air qui restera le plus longtemps en tête après avoir quitté le théâtre… Mais pas de quoi gâcher ce bal que l’on aurait bien prolongé de quelques pas de danse, peu importe que pointent ou non les premiers rayons du soleil…

Le Bal Des VampiresMogador Teatre Paris

Crédit photo : BRINKHOFF/MÖGENBURG

Découvrez ci-dessous la bande-annonce internationale du spectacle :

Infos pratiques :
Spectacle joué jusqu’au 28 juin 2015.
Tarifs : entre 25 et 199 euros.
Durée : 2h40, dont 20 minutes d’entracte.
Théâtre Mogador, 25 rue de Mogador, 75009 Paris.
Site officiel du spectacle : lebaldesvampires.fr

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2 Commentaires

  1. […] Charlie Boisseau (Lancelot), Zaho (Morgane) et David Alexis (Merlin, déjà excellent dans Le Bal des Vampires), sont mis en avant et les tourments de leurs personnages sont bien […]

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